Elle m’a dit « J’ai horreur qu’on me touche » ; la communication tactile est-elle accessible à tout le monde ?

L’acceptation du toucher interpersonnel est une question très intime et fort dépendante de l’histoire personnelle de chacun.

Les croyances

J’ai tellement souvent entendu -de la part de filles le plus souvent (plus pudiques sur leurs ressentis, les hommes n’en parlent jamais)- , qu’elles avaient « horreur d’être touchées » que j’ai cru un moment que c’était la norme.

Un de mes amis m’a même rapporté qu’une de ses amies était incapable de faire la bise ou de serrer la main à une autre personne. J’en étais resté pantois…

A côté de cette catégorie, j’avais bien entendu relevé ceux et celles pour qui cela paraissait « normal » d’avoir des contacts physiques. Mesurés, bien entendu…

La prise de conscience

Depuis la prise de conscience de mon hyperesthésie, surtout dans sa dimension tactile, j’ai eu l’occasion d’en parler à quelques personnes. Pas grand monde, j’en explique par ailleurs les raisons.

S’il est vrai qu’à côté des personnes « allergiques » au toucher et celles qui y sont relativement indifférentes, de plus en plus de personnes osent avouer leur plaisir du toucher. Dans la confidence, j’entends parfois « J’aime être touchée ». Amusant, non ? Toujours de la part de filles.

Chacun est différent

Revenons quelques instants sur chacune des attitudes que j’ai citées plus haut.
Je pensais que les personnes qui ne supportent pas d’être touchées étaient des personnes ayant subi des violences (sexuelles ?) dans leur enfance, étaient cadenassée par leur religion ou la culture judéo-chrétienne ou encore qu’elles étaient simplement très mal par rapport à leur corps. Si ces motifs peuvent régulièrement être évoqués et sont donc une réalité, il serait très réducteur et surtout très jugeant, de se limiter à ces raisons. Le (dé)plaisir de chacun est personnel et parfaitement subjectif. Il se trouve là où la nature l’a déposé et l’action consciente ou même une simple explication n’a que peu lieu d’être. Certains aiment la crème glacée, d’autres le hip-hop, … chacun est différent. Et il est vrai que ma propre histoire ne m’aidait pas à comprendre ou faire preuve de bienveillance pour l’imperméabilité aux sensations tactiles.

Une normalité ?

Bien entendu, il n’y a pas de normalité. Comme je le dis plus haut, chacun est différent.

Les personnes qui acceptent (sans nécessairement le rechercher) facilement le toucher dans la relation constituent sans doute la majorité de la population. Les différentes étapes de la vie de chacun peuvent amener une variation dans le plaisir du toucher…

Les gourmands

Puis, il y a ceux qui sont gourmands du toucher.

Il y a quelques jours, j’étais dans le train. Il était bondé. Comme je suis parti de ma petite campagne vers la capitale, j’ai eu la chance de bénéficier d’une place assise. Face à moi, deux jeunes dames, je dirais entre 25 et 30 ans.

Elles n’ont pas arrêté de discuter, je n’ai plus aucune idée du sujet et je ne sais pas pourquoi, une bonne partie du trajet, je me suis amusé à observer leur langage non verbal et surtout leur gestuelle.

La première n’a pas arrêté de se ronger les ongles ou de se mordiller le bout des doigts.

La seconde touchait sans cesse la première. La main sur le bras, le coude (surtout), la cuisse, la main…. Je me suis reconnu, une caricature de moi envoyée en messager. J’en étais tout interpelé. J’aurais adoré parler à cette fille de ce mode de communication. Malheureusement, comme je ne la connaissais pas, j’ai préféré ne pas aborder le sujet avec elle… Pour la petite histoire, lors du trajet de retour, nous sommes tombés face-à-face, dans un train encore plus bondé. Comme nous étions debout à quelques mètres l’un de l’autre, nous avons juste pu nous faire un sourire ; partage d'un moment.

Je crois que cette personne était gourmande du toucher. Et j’ai un plaisir fou de découvrir régulièrement l’un ou l’autre (le plus souvent l’une ou l’autre) qui partage ce plaisir tactile.

Je pense qu’il est important de préciser une nouvelle fois que le toucher est un mode de communication. Il est le plus souvent à mille lieues d’une recherche de sensations sexuelles. Et il est clair que chacun ne peut et ne veut pas communiquer ainsi avec tout le monde. Ce mode de communication est pour moi un paroxysme du dialogue. Il m’arrive tellement souvent de « ressentir » des choses lors d’un contact physique. J’en parlerai bientôt…

Free Hugs

 

 

 

 

J’ai toujours été surpris et émerveillé en même temps par ceux qui proposent des free hugs. Simplement pour le plaisir de donner, de toucher… et pour ce que j’en sais, ceux qui « craquent » et vont chercher un câlin ne sont pas rares…

Le toucher, une pratique hyper codifiée

Le toucher est un mode de communication très, très codifié. Je recherchais, avant de rédiger cet article, si un hypersensible tactile avait un nom particulier. Sur les forums, je n’ai rien trouvé. Une intervention m’a toutefois fait frissonner. « J’ai une réponse : c’est un obsédé »… le forums relèvent des perles de bêtises. La réaction de cet intervenant témoigne pourtant d’une certaine perception du toucher dans la société.

Notre société est imprégnée d’une culture qui limite fortement les possibilités de toucher. Les cultures américaines ou japonaises sont encore bien plus puritaines et acceptent encore moins de contacts. Au contraire, certaines ethnies, notamment africaines, considèrent comme normal de se toucher lorsqu’on se parle.

Je suis convaincu, qu’une tendance, lente mais certaine, nous ramène vers les valeurs originelles du toucher. Le portage du bébé contre le corps, l’émergence de multiples formes de massage, la (re)découverte de ce qui est appelé la câlinothérapie, les free hugs dont je parlais plus haut, … sont autant de mouvements qui s’inscrivent dans une mouvance de retour au plaisir du toucher.

Je ne culpabilise plus

Non; j’ose maintenant toucher plus facilement. Et je sais aussi beaucoup mieux quand ne pas toucher ; par respect pour l’autre et pour me respecter.

Le toucher peut apporter tant de bien-être ou bien tant de mal-être selon le contexte. Je suis intimement convaincu que la relation à l’autre dans le toucher est prépondérante. Chacun a sans doute son curseur placé différemment. Il y a tant et tant à dire sur le sujet.

 

On en reparle ?

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